Le problème d’employabilité en Côte d’Ivoire / Innocent Gnelbin pointe un aveu d’échec déguisé du régime

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Dans une tribune percutante, Innocent Gnelbin, président de ’’Force aux Peuples’’, passe au crible le discours officiel sur l’emploi.

Pour l’essayiste, accuser le manque de qualification des Ivoiriens est une manœuvre politique visant à masquer l’incapacité du modèle économique actuel à générer des opportunités réelles.
Un diagnostic officiel contesté

Le débat est relancé par une affirmation de Patrick Achi, actuel président de l’Assemblée nationale : le chômage ne serait pas un manque d’offres, mais un défaut d’« employabilité » des demandeurs. Pour Innocent Gnelbin, cette sémantique n’est pas technique, mais profondément politique. Elle suggère que les citoyens sont responsables de leur propre exclusion du marché du travail, dédouanant ainsi un système en place depuis 2011.

L’auteur souligne un paradoxe : malgré des milliards investis depuis plus d’une décennie dans des programmes de formation et des partenariats avec le patronat (CGECI), le problème persiste. Ce constat mène à une conclusion radicale : soit la politique menée a échoué, soit le diagnostic de départ est erroné.

Les failles d’une croissance sans emplois « dignes »

L’article pointe du doigt le décalage entre les chiffres de la croissance ivoirienne et la réalité sociale:
Une précarité structurelle : Plus de 80 % des actifs survivent dans le secteur informel.

Le mirage des chiffres : Les emplois dits «créés» se résument souvent à des programmes temporaires (THIMO), des insertions administratives précaires ou une simple requalification d’activités informelles.

Une économie extravertie : Le modèle actuel reste trop dépendant de l’extérieur et de l’exportation de matières premières, sans base industrielle suffisante pour absorber la jeunesse.

Vers une « transformation » plutôt qu’une simple formation
Pour sortir de l’impasse, Innocent Gnelbin appelle à un changement de paradigme. Il ne s’agit plus seulement de «former» les individus pour les adapter à un marché défaillant, mais de transformer la structure même de l’économie.

Il propose plusieurs leviers de rupture :
Soutenir l’économie sociale : Promouvoir les coopératives et les entreprises autogérées, modèles jugés plus résilients et redistributifs.
Priorité au marché national : Faire de la consommation locale le moteur de la croissance.

Cela passerait par une commande publique orientée vers les acteurs locaux et une augmentation du pouvoir d’achat pour soutenir la demande intérieure.
Protectionnisme intelligent : Protéger les secteurs stratégiques pour bâtir une industrialisation durable.

Un appel à la responsabilité

En définitive, la tribune d’Innocent Gnelbin dénonce une « inversion de responsabilité ».

Selon lui, la Côte d’Ivoire ne manque pas de compétences, mais d’un projet économique ambitieux et inclusif. Prétendre que le problème vient des exclus est, selon ses mots, une «justification de l’échec» du régime actuel, qui refuse d’assumer les conséquences d’un modèle qu’il a lui-même choisi.

A. K

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