14 avril 2024

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Entretien / Yezaï Hyppolite, écrivain : «En priorisant la parole de la culture, nous pouvons éduquer notre jeunesse»

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Auteur de Les Farces de l’imposture, sa première œuvre littéraire de 106 pages parue chez GNK éditions, Yezaï Yegnan Hyppolite, enseignant de Mathématiques au Cafop de Katiola, entend participer à son humble niveau à l’éducation de la jeunesse ivoirienne et africaine en général pour le rayonnement du continent. Ce doctorant en Lettres modernes à l’université Félix Houphouët-Boigny de Cocody est convaincu de la puissance de la culture pour mettre l’Afrique et sa jeunesse sur les rails du développement. Entretien

Vous venez de sortir ”Les farces de l’imposture” un roman de 102 pages. Est-ce votre première œuvre ou en avez-vous d’autres à votre actif ?

Les farces de l’imposture est un roman de 102 pages. Il demeure pour l’instant notre première création littéraire et comme l’on l’affirme souvent ” L’appétit arrive lorsqu’on mange “. Alors, nous pensons bien que l’inspiration est de mise et nous comptons publier d’autres ouvrages à l’avenir. Vous êtes enseignement de mathématiques, mais vous semblez être passionné par les lettres? Y-a-t-il une raison particulière à cela?

Effectivement je suis professeur de mathématiques au Cafop de Katiola. Pour répondre à votre question, il faut remonter jusqu’en 2004 lorsque j’ai été admis au concours de l’ENS, option Mathématiques. La formation devrait durer trois ans et l’envie m’était venue de prendre les cours en lettres modernes à l’université Félix Houphouët à Cocody mais en cours du soir (FIP). Ce choix se justifiait par le fait que je n’avais jamais fait l’université.

Après le BAC D, j’ai été orienté directement au Cafop et je me suis posé la question “pourquoi ne pas m’inscrire en FIP pour renforcer mes savoirs de connaissances et de croyances ?” Puisque j’aurai en face de moi au Cafop un auditoire hétéroclite ( des étudiants de tout niveau).
Alors, de façon simultanée, j’ai réussi avec brio ces deux diplômes : le CAP/ Cafop Mathématiques et la Licence en lettres modernes.
Alors, depuis 2018 , je prépare une thèse de doctorat en lettres Modernes. Mon champ d’investigation est la littérature orale option poésie dite ésotérique. Et c’est de là qu’est née l’envie d’écrire.

Je vous informe dans le même moment que je viens d’être admis depuis quelques mois au concours professionnel exceptionnel des inspecteurs d’orientation.

Pourquoi Les Farces de l’imposture ? Comment le lecteur devrait-il saisir un tel titre?

Les farces de l’imposture est un titre rhématique qui met en avant les thématiques de l’avidité, de la trahison, de l’infidélité, de la méchanceté gratuite. Une farce est déjà une imposture. Alors, dans ce pléonasme, il faut saisir le paroxysme de la dépravation des valeurs humanisantes.

Les premières lignes de Les Farces de l’imposture plongent le lecteur dans une histoire d’amour qui malheureusement se qui termine par des actes de félonie.

Alors quel message l’auteur veut-il véhiculer à travers son œuvre ou que doit-on retenir de cette œuvre?

Premièrement, à travers cette œuvre nous voulons assagir nos sociétés des travers qui les désagrègent davantage aujourd’hui. Ce sont : l’avidité, le gain facile, l’infidélité, l’immigration galopante, etc.

Deuxièmement, il faut dire que nous sommes à la frontière de deux époques : le passé et le présent. Et nous constatons que nos traditions se meurent mais elles connaissent tout de même des états de survivance à travers le livre, c’est à dire l’écriture. C’est pourquoi nous avions convoqué la tradition et la culture d’un peuple constitutif de la nation ivoirienne : le peuple wè. Trois raisons justifient cette forme d’écriture : la première raison, c’est une manière pour nous d’afficher une sorte d’empathie pour les traditions et les culturelles africaines afin de les reléguer au rendez-vous de l’universel.

La deuxièmement raison est que nous constatons aujourd’hui que notre jeunesse est en pleine dégénérescence et nous sommes convaincus que nous pouvons encore l’éduquer en priorisant la parole de la culture, cette parole intégrative des valeurs humanisantes, de probité, etc.

Troisièmement, c’est une manière pour nous d’ouvrir des pistes de recherche à nos jeunes étudiants- chercheurs en littérature orale. Nous pouvons énumérer entre autres la poésie du Saoba-pohi (le griot liturgique chez les Wè), le poor (l’objet de culte sur la première page de couverture. Il symbolise le cordon bleu chez les Wè), le mythe du Gla, du Kwi, du Gôloè ( quelques compartiments de la société ésotérique chez les Wè), etc.

En conclusion, c’est vrai que nous voulons stigmatiser les travers sociaux mais la volonté de faire connaître l’Afrique, ses difficultés, ses espoirs, demeure au cœur de la vision du monde de l’instance d’écriture.

Les farces de l’imposture est il un roman ou une nouvelle ( basée sur des faits réels) ?

Ce qui nous a conduit dans les premiers moments à prendre le porte-plume , c’était pour évacuer un malaise qui nous rongeait à petit feu. Il fallait donc écrire pour le dissiper. Et c’est dans cet élan que nous sommes surpris de cette inspiration débordante. Vous savez, dans la dynamique de la nouvelle écriture, l’instance d’écriture (l’écrivain) ne se veut plus la voix des sans voix mais il revendique désormais son individualité, sa liberté d’être. C’est pourquoi il accepte sans honte de se dire et en se disant il dit aussi l’Afrique, ses difficultés, ses espoirs comme nous l’avions déjà souligné supra.

Alors, lorsque l’œuvre se comporte de la sorte, elle brise toutes les frontières de la réalité pour épouser la fiction. En conclusion, Les farces de l’imposture intègre à la fois les réalités de nos sociétés et la fiction.

A quand la présentation officielle de l’œuvre au public?

Nous profitons de l’occasion pour présenter les excuses à nos invités à l’occasion de la dédicace avortée de notre œuvre. Elle était prévue pour le 12 Novembre précédent mais pour des raisons indépendantes de notre volonté, elle a été reportée à une date ultérieure.

Cependant, nous sommes à pieds d’œuvre pour trouver une date imminente. Dans tous les cas, vous seriez informés à temps pour que cette cérémonie soit des plus belles !

Un appel à lancer

Je voudrais terminer mes propos par cette pensée de Victor Hugo et je cite : “Le bonheur se trouve parfois dans l’inconnu”. Et à l’Américain Dee Lee de dire, un matin, sur les ondes de la radio de New York que : “la meilleure façon de cacher quelque chose ou un secret à un noir, c’est de mettre ça dans un livre”. L’inconnu, le trésor dont parlent Hugo et Dee Lee, ici, se cache dans le livre.

C’est pourquoi j’invite chacun à s’approprier l’œuvre Les Farces de l’imposture qui peut lui ouvrir les portes sur un monde enchanté.

Je suis à la fois un homme heureux et optimiste quant à l’avenir de cette œuvre qui porte les germes d’une société pacifiée et harmonieuse !

Réalisé par BS


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