Dans les grandes métropoles ivoiriennes comme Abidjan, Bouaké, San Pedro, l’accès au logement est devenu un parcours du combattant pour des millions de familles, étouffées par une spéculation foncière galopante et des politiques jugées trop libérales.
Face à ce constat est alarmant, Innocent Gnelbin, président de Force aux Peuples et Essayiste, tire la sonnette d’alarme et propose une refonte radicale du système pour garantir ce qu’il considère comme un droit fondamental.
Une fracture sociale alimentée par la spéculation
Le déficit de logements en Côte d’Ivoire est aujourd’hui estimé à plus de 800 000 unités. Dans ce contexte de pénurie, le marché est dicté par le « capital spéculatif », transformant chaque mètre carré en instrument de profit plutôt qu’en espace de vie.
Les chiffres officiels témoignent de cette pression constante : le coût du mètre carré augmente de 10 à 15 % par an dans les zones urbaines.
Loyers prohibitifs
À Yopougon ou Abobo, un simple studio se négocie entre 80 000 et 150 000 francs CFA. Dans les quartiers huppés comme Cocody ou le Plateau, les prix s’envolent pour atteindre plusieurs centaines de milliers de francs CFA.
Pour les 90 % de la population active travaillant dans le secteur informel, le loyer absorbe l’essentiel des ressources, sacrifiant ainsi l’alimentation, la santé et l’éducation.
Les racines d’un système à bout de souffle
Selon l’analyse de M. Gnelbin, cette crise n’est pas une fatalité naturelle mais le résultat de choix politiques historiques, de l’ère coloniale aux réformes néolibérales actuelles. L’alignement de l’impôt foncier sur la valeur marchande est notamment pointé du doigt comme un facteur aggravant l’injustice sociale.
Le système actuel favoriserait l’opacité dans l’attribution des terrains et le maintien volontaire de logements vacants pour entretenir une hausse artificielle des prix. Il en résulte une double fracture : une concentration des richesses foncières pour une minorité et une précarité croissante pour la majorité.
Cinq axes pour une révolution foncière
Ainsi, pour « rendre la terre au peuple », il préconise une stratégie complète basée sur la justice sociale..
« Plafonner les loyers selon les zones et les revenus, taxer lourdement les biens vacants et réquisitionner les logements inutilisés ; offrir des parcelles sécurisées avec des titres fonciers gratuits ou subventionnés aux jeunes ménages et aux plus vulnérables ; développer des modèles de location-vente et utiliser des matériaux de construction locaux pour réduire les coûts.
Il faut aussi créer un cadastre numérique public et instaurer un contrôle citoyen indépendant pour éradiquer la corruption et encourager la production locale de matériaux (briques, ciment, bois) pour stimuler l’économie nationale », indique-t-il.
L’appel à la mobilisation
Innocent Gnelbin rappelle que le logement ne doit plus être traité comme une marchandise de luxe, mais comme un droit. La transformation de ce secteur passera nécessairement par une mobilisation citoyenne forte.
« La terre et le logement doivent redevenir des biens communs, accessibles à tous, et non des privilèges réservés à ceux qui possèdent déjà capital et pouvoir », suggère l’Essayiste.
Comme on peut le constater c’est un défi de taille pour construire une Côte d’Ivoire où chaque citoyen dispose, enfin, d’un toit décent.
A.K

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