À l’approche du scrutin législatif prévu le 17 mai 2026 au Cap-Vert, lequel déterminera le choix du chef du gouvernement cap-verdien, Francisco Carvalho, maire de Praia et figure centrale du PAICV, se retrouve clairement dans le viseur du pouvoir. Il fait l’objet de persécutions politiques et judiciaires dont les éléments observables indiquent qu’elles s’inscrivent dans une stratégie plus large de neutralisation politique, visant à entraver la candidature d’un adversaire crédible et à limiter son influence dans le jeu démocratique.

Derrière l’apparence de la légalité se dessine ainsi une entreprise méthodique de disqualification politique, conduite avec une précision institutionnelle pour le moins préoccupante.
Ce qui se joue dépasse largement la personne de Francisco Carvalho. C’est l’intégrité même de l’État de droit, le principe d’égalité devant la loi et la sincérité du processus électoral qui sont mis à l’épreuve. Hannah Arendt rappelait avec justesse que le danger le plus insidieux pour la démocratie ne réside pas toujours dans la violation flagrante des lois, mais dans leur application rigoureuse au service de fins profondément injustes. Lorsque la loi devient un instrument d’exclusion politique, l’autoritarisme s’installe sans fracas, dissimulé sous les apparences de la normalité institutionnelle.

Norberto Bobbio soulignait pour sa part que l’État de droit ne se mesure pas à la prolifération des normes, mais à leur application impartiale. Une justice sélective, qui poursuit certains tout en épargnant d’autres, cesse d’être un pilier démocratique pour se transformer en outil de domination politique.
Dans un tel contexte, la persécution de Francisco Carvalho ne protège nullement l’État de droit ; elle en altère profondément la substance.
Les mécanismes à l’œuvre trouvent un éclairage pertinent dans l’analyse de Michel Foucault sur le pouvoir contemporain. Celui-ci n’agit que rarement par la contrainte directe ; il opère de manière diffuse, administrative et disciplinaire, en désignant ceux qu’il convient de surveiller, d’affaiblir ou de neutraliser, tout en se revendiquant d’une stricte neutralité. C’est précisément ce schéma qui semble se dessiner ici : une succession d’actes présentés comme ordinaires, techniques, presque routiniers, mais dont la finalité politique apparaît manifeste.
Il serait dès lors profondément réducteur de revendiquer une neutralité artificielle en plaçant toutes les positions sur un pied d’égalité.
Extraire les faits de leur contexte et réduire l’analyse à un simple différend entre le maire de Praia et le procureur général de la République revient à minimiser la gravité du moment politique que traverse le pays, à la veille d’échéances électorales déterminantes.
Les faits, en réalité, sont éloquents. Le MpD a dirigé la mairie de Praia pendant douze années sans qu’aucune inspection approfondie d’une institution de la République ne soit diligentée, ce qui interroge sur une forme de complaisance institutionnelle difficilement justifiable.
À l’inverse, dès l’accession de Francisco Carvalho à la tête de la municipalité, une série d’inspections simultanées s’est abattue sur la mairie : Inspection générale des finances, Cour des comptes, Autorité des marchés publics, inspections municipales, ainsi que le ministère public, intervenu à deux reprises en l’espace de cinq ans. Une telle convergence d’initiatives ne saurait raisonnablement être tenue pour fortuite.
Plus préoccupant encore, le procureur général de la République a conservé durant un an et demi des documents et du matériel informatique saisis, sans identifier la moindre infraction ni fournir d’explication convaincante. À l’issue de cette longue période d’inaction, une nouvelle perquisition a été ordonnée, non pour établir des faits nouveaux clairement caractérisés, mais pour entretenir un climat de soupçon permanent. Dans le même temps, aucun des comptes relatifs aux douze années de gestion du MpD à la mairie de Praia n’a encore été examiné par la Cour des comptes.
Parallèlement, le ministère public détient des dossiers d’une gravité extrême, notamment celui de la dite « mafia des terrains », qui appellerait une action rapide et résolue. Pourtant, l’essentiel de son attention semble concentré sur la mairie de Praia, à moins de six mois d’échéances électorales cruciales, au mépris du sens des priorités institutionnelles et de l’éthique démocratique. Il convient enfin de rappeler que Francisco Carvalho a toujours répondu aux accusations portées contre lui, sans jamais initier la confrontation.
Qualifier toute critique de cette séquence d’« atteinte à la démocratie » relève d’une dangereuse inversion des responsabilités. La démocratie n’est pas menacée par ceux qui dénoncent les abus, mais par ceux qui instrumentalisent la loi pour éliminer leurs adversaires politiques. Défendre Francisco Carvalho dans ce contexte ne relève ni d’un attachement personnel ni d’un réflexe partisan ; il s’agit d’un acte de vigilance démocratique et de responsabilité civique, affirmant qu’il ne peut y avoir d’élections libres, crédibles et équitables sans égalité devant la loi, sans transparence et sans respect effectif de l’État de droit.
Il convient enfin de rappeler que la législature actuelle arrive à son terme le 19 mai. Conformément à la Constitution de la République du Cap-Vert et à la loi électorale, les élections législatives doivent se tenir dans un délai d’un mois avant ou d’un mois après la fin de la législature en cours. L’élection présidentielle, quant à elle, doit avoir lieu six mois plus tard, afin d’éviter que les résultats des législatives n’influencent le choix du chef de l’État. Dans le système politique cap-verdien, de nature parlementaire, le parti recueillant le plus grand nombre de suffrages lors des législatives désigne le chef du gouvernement.
Une correspondance particulière de DK

More Stories
PPA-CI : Le parti rappelle les règles d’organisation des congrès des Ligues et met en garde contre les campagnes prématurées
Nécrologie : Décès de l’ancien président de la FBF, le Général Honoré Nabéré Traoré
Zimbabwe : le pari de l’or pour relancer une monnaie longtemps discréditée