L’histoire politique de la Côte d’Ivoire nous enseigne une vérité immuable : la dispersion des forces est le chemin le plus court vers l’échec.
Alors que les regards se tournent déjà vers les élections municipales de 2028 – certains évoquant même l’échéance de 2027 –, un constat lucide s’impose à l’ensemble de l’opposition ivoirienne : la stratégie de l’isolement et du repli sur soi ne font que nous affaiblir.
Face aux défis qui s’annoncent, l’heure n’est plus aux cavaliers seuls, mais à la construction d’une alternative solide et unie. Telle est la position de Danièle Boni-Claverie, Présidente de l’URD. Elle a lancé cet appel dans une déclaration dont copie nous est parvenue.
«Cet appel à l’union s’adresse directement aux deux grands partis de l’échiquier politique actuel : le PDCI et le PPACI. J’écarte ici, de manière intentionnelle, le parti historique qu’est le FPI.
Pour réussir, il est temps de rompre définitivement avec cette condescendance qui marque trop souvent les relations entre les « grands » et les « petits » partis, que je préfère appeler les « jeunes » formations.
Certes, sur plus de 200 formations politiques recensées auprès du Ministère de l’Intérieur, seule une petite trentaine possède une réelle crédibilité. Cependant, l’erreur serait de commettre l’impair de les négliger.
Beaucoup de ces jeunes structures possèdent, en dépit de leur taille, un véritable ancrage local et sont portées par des mentors dont la notoriété nationale est une réalité incontestable. La sagesse populaire nous rappelle opportunément que ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières. Les ignorer constitue une erreur tactique majeure, car ces formations détiennent, par leur nombre, une partie, même modeste, des clefs de notre avenir commun », a expliqué avant d’ajouter : «Mépriser ces forces émergentes revient à refuser de distribuer les rôles dans une pièce dont le but final reste pourtant la victoire collective. Aucun acteur, aussi puissant soit-il, ne peut prétendre jouer tous les rôles à la fois sur la scène nationale. De la même manière, aucun parti ne peut réaliser seul, et de façon totalement transparente, le maillage complet du territoire ivoirien ».
La solution réside dans une complémentarité intelligente
Selon Danièle Boni-Claverie, les grands partis (PDCI, PPACI) doivent assumer leur rôle de locomotives et de stabilisateurs, afin de maximiser les gains de chacun et que les jeunes formations doivent constituer des forces d’appoint stratégiques et de précieux relais de proximité auprès des populations locales.
« Pour comprendre l’importance d’une telle démarche, l’opposition doit se replonger dans notre histoire politique récente.
En 2000-2001, au lendemain d’une élection présidentielle qualifiée à l’époque de «calamiteuse», le RDR avait fait le choix de boycotter les élections législatives. Réalisant rapidement son erreur, le parti a su rectifier le tir en participant massivement, peu après, aux élections municipales.
Ce choix pragmatique s’est soldé par une victoire éclatante, permettant au RDR de glaner un nombre impressionnant de communes. Toutes les grandes villes du Nord, mais aussi Bouaké (la deuxième ville du pays), Daloa, Gagnoa, Soubré, San Pedro dans le Sud-Ouest, ainsi que des bastions stratégiques d’Abidjan comme Abobo et Adjamé, sont tombés dans son escarcelle.
En s’imposant ainsi magistralement sur le plan local, le RDR posait alors les jalons et les bases indispensables de sa conquête future du pouvoir d’État », a-t-elle rappelé.
A l’en croire, l’opposition actuelle doit impérativement tirer les leçons de ce passé : « Il faut dès à présent bannir les démarches solitaires et faire preuve d’audace politique.
Pourquoi ne pas envisager, partout où cela est nécessaire, des listes communes et solidaires ? C’est à ce prix que l’intérêt général pourra enfin primer sur les petits calculs personnels.
Nous nous trouvons à un tournant décisif. Les grands partis doivent faire place à une totale lucidité stratégique.
À l’instar du réalisme affiché par le RDR en 2001, la reconquête du terrain politique passera obligatoirement par une présence locale forte, inclusive et unie. Pour les municipales de 2028, le PDCI et le PPACI ont le devoir de faire de ces scrutins locaux la nouvelle rampe de lancement de l’union ».
La Présidente de l’URD a conclu son appel en ces termes : « Ce constat n’est en rien un procès d’intention ; il s’agit d’une simple et froide analyse stratégique.
En unissant la force de frappe des deux géants politiques à l’ancrage local des jeunes formations, tout en respectant la valeur de chaque allié, l’opposition bâtira le grand fleuve du changement que le peuple ivoirien appelle aujourd’hui de tous ses vœux. ».
A.K

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