Le président du Front populaire ivoirien, Pascal Affi N’Guessan, a dressé jeudi un tableau sombre de l’état des libertés et de la démocratie en Côte d’Ivoire, à l’occasion d’une conférence de presse marquant les 36 ans du retour au multipartisme dans le pays.
S’exprimant autour du thème « 1990-2026 : 36 ans de lutte pour des libertés », le leader du FPI a estimé que « 36 ans après le retour au pluralisme politique et 15 ans après l’accession d’Alassane Ouattara au pouvoir, la situation des libertés et de la démocratie est catastrophique, dramatique, désespérée ».
Selon lui, les acquis démocratiques obtenus en 1990 sont aujourd’hui fragilisés par « l’autoritarisme politique » et « l’oppression » exercés sur les citoyens ivoiriens.
Le président du FPI a notamment dénoncé des atteintes répétées à la liberté d’expression, évoquant « le harcèlement » des journalistes de la presse privée, les poursuites visant des blogueurs et cyberactivistes, ainsi que des interpellations de responsables politiques pour « délit d’opinion ».
« En Côte d’Ivoire, critiquer le pouvoir, dénoncer ses insuffisances, ses abus est un délit », a déclaré Pascal Affi N’Guessan, citant des accusations d’« offense au chef de l’État » ou de « trouble à l’ordre public » utilisées, selon lui, contre des opposants.
L’ancien Premier ministre ivoirien a également critiqué la gestion des manifestations politiques, estimant que « l’autorisation de manifester est une exception, l’interdiction est la règle ». Il a évoqué les violences enregistrées lors des crises électorales de 2020 et de 2025, faisant état de « morts, blessés, arrestations et disparitions ».
Concernant les médias publics, le chef du FPI a accusé la Radiodiffusion Télévision Ivoirienne de manquer d’impartialité dans le traitement de l’information politique. « Comment la RTI peut-elle être “la chaîne qui rassemble” si elle ne donne pas autant la parole à l’opposition et à la société civile ? », s’est-il interrogé.
Au plan socio-économique, Pascal Affi N’Guessan a dénoncé une gouvernance « autocratique, clanique et clientéliste », accusant le pouvoir de négliger les préoccupations des populations, notamment le coût de la vie, le logement et les revenus des producteurs de café-cacao.
Le président du FPI a appelé ses militants et l’opposition à « résister » face au pouvoir en place, en refusant « toute compromission ». Il a aussi dénoncé ce qu’il qualifie de « système dynastique », accusant le chef de l’État de vouloir préparer sa succession au profit de son frère cadet, Téné Birahima Ouattara.
Dans son intervention, il a enfin plaidé pour un « sursaut national » afin de faire avancer les réformes politiques, la réconciliation nationale, l’indépendance des médias publics et l’amélioration de la gouvernance.
Estimant que la Côte d’Ivoire se trouve « à la croisée des chemins », le leader du FPI a invité le pouvoir et l’ensemble des forces politiques à privilégier le dialogue et les réformes démocratiques pour préserver la stabilité du pays.
Séverin Konan
Ovajabmedia.com

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