Face au défi de la souveraineté / L’Afrique obligée de devenir une puissance agro-industrielle

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Malgré un potentiel agricole immense, le continent africain reste prisonnier d’une dépendance structurelle aux marchés extérieurs.

Entre explosion démographique et crises géopolitiques, l’heure est à la transformation radicale d’un modèle économique hérité de l’ère coloniale. Telle est l’approche du Président de Force aux Peuples, Innocent Gnelbin. Il a partagé cette approche dans une tribune.

Un constat sans appel : l’Afrique exposée aux chocs mondiaux

Selon lui, les crises internationales récentes, qu’il s’agisse de la guerre en Ukraine ou des tensions au Moyen-Orient, ont agi comme un révélateur brutal de la fragilité des économies africaines. Blé, engrais, énergie : chaque perturbation mondiale entraîne une onde de choc immédiate sur les prix et la stabilité sociale des États.

«Cette vulnérabilité n’est pas un hasard, mais le fruit d’une trajectoire historique où le continent exporte ses matières premières brutes pour importer des biens transformés à forte valeur ajoutée. Ce modèle, peu remis en cause après les indépendances, crée aujourd’hui un paradoxe frappant : un continent qui détient une part majeure des terres arables mondiales ne parvient toujours pas à nourrir sa population sans l’aide de l’extérieur », a-t-il expliqué.

Le paradoxe ivoirien et le défi céréalier

A en croire Innocent Gnelbin, l’exemple de la Côte d’Ivoire est symptomatique de cette incohérence structurelle.

«Leader mondial de la production de cacao, le pays importe pourtant massivement ses denrées de base comme le riz et le blé, ainsi que ses engrais. Ce choix de privilégier les cultures de rente au détriment de l’autosuffisance limite la capacité des États à définir librement leurs propres politiques alimentaires », déplore le Président de Force aux Peuples avant d’ajouter : «Or, l’urgence est là.

Avec une population qui devrait doubler pour atteindre 2,5 milliards d’habitants d’ici 2050, les besoins alimentaires vont exploser de 75 %.

Les céréales (riz, maïs, blé) deviennent ainsi des ressources aussi stratégiques que l’énergie pour la stabilité future du continent ».
Transformer la contrainte en levier de puissance

Pour Innocent Gnelbin, cette pression démographique ne doit pas être subie mais utilisée comme un levier.

Les ressources pour inverser la tendance existent à savoir la disponibilité des facteurs de production avec des terres, eau et main-d’œuvre abondante sont déjà présentes ; une intégration régionale avec notamment la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) offre l’opportunité de bâtir l’un des plus grands marchés alimentaires au monde.

Et une capacité technique car en Côte d’Ivoire, 400 000 à 500 000 hectares cultivés avec des rendements modernes suffiraient à couvrir les besoins nationaux en riz.

Un choix politique avant tout

La sortie de crise ne dépend pas d’un manque de diagnostic, mais d’une véritable volonté politique. Les blocages, qu’ils soient logistiques, énergétiques ou liés à des accords commerciaux contraignants, sont le résultat de choix qui peuvent être réorientés.

Pour le Président de Force aux Peuples, la conclusion est sans équivoque : «L’Afrique doit désormais produire ce qu’elle consomme et transformer localement ses ressources pour maîtriser ses chaînes de valeur.

Plus qu’une nécessité économique, il s’agit d’un impératif de souveraineté pour garantir la stabilité du continent dans le nouvel ordre mondial »

A.K

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