Madagascar : vers une crise politique majeure née des coupures d’eau et d’électricité

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Depuis fin septembre, Madagascar est secouée par une vague de manifestations d’ampleur, principalement menées par des jeunes, contre des années de délestages électriques et de pénuries d’eau. Ce mouvement, qualifié de plus grande crise sociale du pays depuis l’élection de 2023, expose une colère profonde face à l’incapacité du gouvernement à répondre aux besoins élémentaires de ses citoyens.

Une révolte née du quotidien

Les premiers rassemblements ont débuté le 25 septembre à Antananarivo, où des dizaines de milliers de manifestants — essentiellement issus de la « génération Z » — ont pris la rue pour dénoncer les coupures prolongées d’électricité, parfois supérieures à 12 heures, et les interruptions fréquentes d’approvisionnement en eau. Ces protestations, lancées via les réseaux sociaux, pointent du doigt la compagnie publique Jirama, symbole de l’échec des services de base.
Les autorités ont d’abord tenté de freiner les rassemblements par des interdictions, mais la contestation s’est intensifiée dans plusieurs villes du pays, comme Toliara ou Diego Suarez. Des affrontements avec les forces de l’ordre ont entraîné des dégâts matériels, des dégradations d’infrastructures et des actes de pillage dans certains quartiers. Face à l’ampleur du phénomène, un couvre‑feu nocturne a été instauré dans la capitale, de 19h à 5h.

Un gouvernement dissous, des promesses de réforme

Pris de court par l’intensité du mouvement, le président Andry Rajoelina a annoncé le 29 septembre la dissolution de son gouvernement, invoquant la nécessité d’écouter les revendications du peuple. Il a également lancé un appel inédit aux citoyens — dont les jeunes — pour soumettre des candidatures ministérielles, notamment via LinkedIn et email. [6] En parallèle, il a présenté ses excuses publiques pour les « manquements » constatés dans la gestion des services publics et annoncé des mesures de soutien aux entreprises victimes des destructions.
Mais malgré ces gestes, le malaise demeure : les manifestants estiment que les réformes promises restent superficielles, et continuent de réclamer la démission de Rajoelina, la dissolution de la Cour suprême, du Sénat et de la Commission électorale, ainsi que des garanties pour une transition crédible.

Bilan humain et réactions internationales

Selon les Nations unies, au moins 22 personnes ont perdu la vie et plus de 100 ont été blessées dans les violences. Le gouvernement contestait initialement ces chiffres, les qualifiant de non vérifiés. La SADC (Communauté de développement de l’Afrique australe) a appelé au calme, à la retenue de la force et au dialogue national.

Certains médias internationaux qualifient la crise de test le plus sérieux du pouvoir de Rajoelina depuis sa réélection en 2023.

Enjeux et risques

1. Crise de légitimité : Les protestataires dénoncent l’élitisme et la collusion entre le pouvoir et les acteurs économiques influents, notamment la figure controversée de Mamy Ravatomanga.
2. Service public en détresse : L’inadéquation des infrastructures énergétiques et hydrauliques illustre l’écart abyssal entre les promesses de développement et la réalité.

3. Volonté de radicalisation : Le recours à des symboles inspirés d’autres mouvements “Gen Z” témoigne d’une aspiration à transcender les cadres politiques traditionnels.
4. Risques sécuritaires : La multiplication des scènes de vandalisme et la tension urbaine jettent l’ombre d’une possible escalade incontrôlée.

Conclusion : vers un tournant décisif

La situation actuelle à Madagascar dépasse désormais les simples revendications liées à l’accès à l’eau ou à l’électricité. Elle cristallise une frustration profonde, accumulée depuis des années, face à l’incapacité des gouvernements successifs à améliorer le quotidien des citoyens. La dissolution de l’exécutif montre que le pouvoir perçoit la gravité de l’heure, mais la crise ne se joue pas sur des décisions symboliques*, elle exige une refondation politique et institutionnelle. Madagascar se trouve à la croisée des chemins : le maintien dans l’ordre sans transformation profonde pourrait accentuer la rupture entre dirigeants et peuple, tandis qu’une transition sincère pourrait ouvrir une voie nouvelle vers une gouvernance inclusive et durable.

Séverin Konan

Ovajabmedia.com

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