Le président de l’Assemblée nationale sénégalaise, Ousmane Sonko, a reconnu mardi 26 mai des divergences avec le nouveau Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô, tout en prenant ses distances avec une nomination qu’il affirme ne pas avoir été concertée avec le Pastef.
Elu à la tête du Parlement avec 132 voix favorables sur 133 votants, Ousmane Sonko a consacré une partie de son discours inaugural à la désignation du nouveau chef du gouvernement par le président Bassirou Diomaye Faye.
« Vous me permettrez, au nom de la République du Sénégal, une et indivisible, et au nom de la représentation parlementaire, d’adresser mes chaleureuses félicitations à Monsieur Alhaminou Mohamed Lô, qui a été nommé hier Premier ministre », a déclaré l’ancien chef du gouvernement.
Sonko a salué le « travail colossal » accompli par Ahmadou Al Aminou Lô dans la conception du programme Sénégal 2050, le qualifiant de « travailleur acharné » et d’« homme dévoué ».
Mais le leader du Pastef a également révélé des désaccords de fond avec son successeur sur plusieurs questions économiques majeures. « Je dois avouer que nous avons eu des divergences, notamment sur la question monétaire, la question de la dette et d’autres sujets similaires », a-t-il affirmé.
Prenant ses distances avec le choix présidentiel, il a précisé que « notre formation n’est pas associée à cette décision. On ne peut pas faire du Pastef sans Pastef ».
Depuis l’accession au pouvoir du tandem Faye-Sonko en mars 2024, deux visions économiques cohabitaient au sein de l’exécutif sénégalais. Ousmane Sonko défendait une ligne souverainiste privilégiant le financement interne et une prise de distance vis-à-vis des institutions financières internationales, tandis que d’autres responsables plaidaient pour une reprise des discussions avec le FMI afin d’alléger les tensions budgétaires.
Le Sénégal traverse une période économique sensible, marquée par une dette publique élevée et par la suspension du programme du Fonds monétaire international à la suite des révélations liées à la dette cachée du précédent régime.
En janvier 2026, Ahmadou Al Aminou Lô avait lui-même reconnu que l’absence de programme avec le FMI entraînait « une réduction des marges budgétaires et la suspension de certains financements extérieurs », tout en défendant une souveraineté économique fondée sur la capacité du pays à financer son propre développement.
La nomination du nouveau Premier ministre suscite par ailleurs des critiques au sein du Pastef. Le député Guy Marius Sagna a dénoncé un « coup d’État contre Pastef », estimant que le profil d’ancien cadre de la BCEAO d’Al Aminou Lô s’éloigne des positions souverainistes longtemps défendues par le parti.
Avec Ousmane Sonko désormais à la tête de l’Assemblée nationale et Ahmadou Al Aminou Lô à la Primature, le Sénégal entre dans une nouvelle configuration politique où les questions économiques et monétaires devraient occuper une place centrale dans les rapports entre l’exécutif et le Parlement.
Séverin Konan
Ovajabmedia.com

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