Face à un capitalisme financiarisé qui asphyxie les souverainetés nationales, des voix s’élèvent en Afrique pour réclamer une rupture systémique. Innocent Gnelbin, président du mouvement ’’ Force aux Peuples’’, décrypte les convergences entre le combat de la gauche progressiste française et les aspirations de la Côte d’Ivoire. Cela, dans le cadre de la Tribune qu’il anime régulièrement.
Dans un paysage politique mondial de plus en plus confisqué par les marchés financiers et les intérêts géostratégiques des grandes puissances, soutenir une figure politique internationale dépasse le simple alignement partisan. C’est un choix de civilisation.
Pour Innocent Gnelbin, essayiste et militant progressiste ivoirien, le soutien à Jean-Luc Mélenchon n’est ni de la fascination ni du suivisme. Il s’agit de reconnaître une ligne de fracture universelle : celle qui oppose les peuples à l’oligarchie financière mondialisée.
Une fracture qui traverse de plein fouet la Côte d’Ivoire.
« Depuis plusieurs décennies, le capitalisme financiarisé dicte sa loi. Les décisions économiques majeures ne répondent plus aux besoins des populations, mais aux exigences des agences de notation et des fonds d’investissement.
Partout, le constat est le même : explosion des inégalités, précarisation, destruction des services publics et marchandisation de secteurs vitaux comme la santé et l’éducation. Si les élections subsistent, les marges de manœuvre des gouvernements s’amenuisent, transformant les États en simples gestionnaires locaux d’un ordre mondialisé.
C’est ici que la figure de Mélenchon prend tout son sens pour les progressistes africains.
Ce qui le distingue, ce n’est pas seulement son positionnement à gauche, mais sa critique radicale du pouvoir financier et sa défense intransigeante de la souveraineté populaire.
À une époque résignée, il rappelle une réalité objective : l’humanité n’a jamais produit autant de richesses. La pauvreté persistante n’est pas une fatalité liée au manque de ressources, mais le résultat direct de leur accaparement par une minorité », a indiqué Innocent Gnelbin.
Le paradoxe de l’abondance en Afrique et en Côte d’Ivoire
Cette contradiction historique frappe l’Afrique avec une brutalité singulière. Le continent regorge de ressources minières, de terres agricoles et d’une population jeune, et pourtant sa population demeure dans la précarité.
Pour Innocent Gnelbin, ce paradoxe révèle un problème structurel : les richesses africaines ne sont pas domestiquées au profit des Africains.
Longtemps, les élites ont été formées à administrer la dépendance plutôt qu’à bâtir la souveraineté.
«La Côte d’Ivoire en est l’illustration parfaite, enfermée dans un modèle d’exportation de matières premières brutes et d’importation de produits transformés.
Or, aucun peuple ne peut durablement être libre sans souveraineté économique.
Au-delà de l’économie, la question de la paix et de la diplomatie est cruciale. Dans un monde de blocs et d’escalades militaires, refuser l’alignement automatique est devenu dangereux.
L’Afrique doit cesser d’être un terrain d’affrontement ou une réserve de matières premières pour devenir un sujet de l’histoire, partisan d’un équilibre multipolaire fondé sur le droit international » a-t-il martelé.
Vers une nouvelle conscience progressiste
Selon lui, pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu dépasse les simples alternances électorales ou les querelles de personnes : « La véritable question est le choix d’un modèle de société. Contre une économie extravertie et une démocratie de façade, « Force aux Peuples » prône un État stratège, la planification, la justice sociale et la transformation locale des richesses. Le véritable développement se mesure à la réduction des inégalités et à la protection de la dignité humaine, non à l’enrichissement d’une minorité.
Pour y parvenir, la nouvelle génération politique africaine doit éviter un double piège : le suivisme néolibéral et les slogans pseudo-révolutionnaires vides de projet économique. L’Afrique a besoin d’une gauche moderne : souverainiste sans xénophobie, panafricaine sans romantisme stérile, et démocratique sans soumission ».
A en croire le président du mouvement ’’ Force aux Peuples’’, cette lutte ne se mène pas contre la France ou l’Occident, mais contre les mécanismes de domination qui entravent la liberté des peuples : « En rejoignant la dynamique des forces progressistes mondiales incarnées par Jean-Luc Mélenchon, la gauche ivoirienne s’inscrit dans un combat universel : remettre la richesse, l’État et la démocratie au service du plus grand nombre. Et l’Afrique entend bien y prendre toute sa place ».
A. K

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