À Gagnoa, une simple vérification à la gare UTB a permis de mettre au jour un vaste réseau de traite de mineurs à destination de sites d’orpaillage au Mali. Six enfants, âgés de 11 à 17 ans, ont été sauvés in extremis grâce à une opération coordonnée des forces de police.
Tout commence par une scène presque ordinaire. Les six mineurs déclarent vouloir se rendre à Yamoussoukro. Mais leurs regards trahissent hésitation et nervosité. Alertés par ces incohérences, des agents du ministère en charge de la Femme, de la Famille et de l’Enfant saisissent le commissariat du 2ᵉ arrondissement de Gagnoa. Le procureur est informé, et l’enquête démarre.
Très vite, les policiers découvrent que Yamoussoukro est une fausse destination finale.
Les enfants expliquent avoir été recrutés par un jeune commerçant de 20 ans, résident à Nakadougou (Ouragahio), identifié sous les initiales D. Z. Interpellé, il affirme qu’il s’agit de travaux champêtres.
Une explication jugée « trop rapide » par les enquêteurs.
Sous la pression, il évoque un itinéraire plus long, au-delà des frontières ivoiriennes. Direction : le Mali. Un nom apparaît, celui d’un commanditaire basé dans ce pays. Les policiers comprennent alors que le jeune recruteur n’est qu’un maillon d’un réseau plus vaste.
Le 20 février, à 4h30 du matin, un dispositif discret est déployé par la BRI Gagnoa. Les mineurs sont sécurisés. L’émissaire chargé de les convoyer vers Yamoussoukro se présente pour récupérer les enfants en vue du voyage. Il ne repartira pas.
Interpellé, il reconnaît sa mission : conduire les mineurs vers Yamoussoukro, première étape d’un trajet vers le nord du pays.
La course contre la montre est lancée. La BRI Yamoussoukro est alertée. À Yamoussoukro, l’homme chargé de réceptionner les enfants est arrêté. Il cite un responsable de gare à Adjamé, à Abidjan. La Sous-direction de la lutte contre la traite des enfants, rattachée à la Police criminelle, intervient aussitôt.
À Tingréla, un autre complice attend les mineurs. Le 21 février à 6 heures, il se présente avec un code précis. Il est immédiatement interpellé par la police locale. Il reconnaît être l’émissaire du commanditaire basé au Mali et admet convoyer régulièrement des mineurs vers des sites d’orpaillage.
Le système est ainsi démantelé : recruteurs locaux, convoyeurs, relais dans les gares routières et réceptionnaires aux frontières.
L’opération, conduite en parfaite synergie entre le Commissariat du 2ᵉ arrondissement de Gagnoa, la BRI Gagnoa, la BRI Yamoussoukro, le commissariat de Tingréla et la Sous-direction spécialisée de la Police criminelle, a été suivie par le Directeur de la Police criminelle sous la coordination du DGPN, le Général Kouyaté.
Les principaux mis en cause ont été déférés devant le parquet du tribunal de première instance de Gagnoa.
Quant aux six enfants, ils ont été confiés aux services compétents pour leur prise en charge.
Cette affaire rappelle que derrière les promesses d’un avenir meilleur se cachent parfois des réseaux d’exploitation structurés. À Gagnoa, la vigilance des agents et la coordination des unités ont permis d’éviter que six destins ne basculent sur les routes dangereuses de l’orpaillage clandestin.
Séverin Konan
Ovajabmedia.com

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